DRC: Laurent Ruboneka, victime expiatoire d’un scandale mafieux à l’ambassade de RDC au Burundi
Un système mafieux présumé de vente illégale de documents de voyage secoue l’ambassade de RDC à Bujumbura. Pour camoufler l’affaire, l’ambassadeur Willy Mulamba aurait désigné un bouc émissaire : Laurent Ruboneka, un agent d’origine munyamulenge. Retour sur une affaire qui mêle népotisme, enrichissement suspect et discrimination.

L’ambassadeur de la République Démocratique du Congo (RDC) au Burundi, Willy Mulamba, est au cœur d’un scandale qui secoue actuellement la représentation diplomatique congolaise à Bujumbura. Un vaste réseau de trafic de documents de voyage, en dehors de tout cadre légal, aurait été mis en place au sein de l’ambassade, impliquant directement des membres du personnel diplomatique et des proches de l’ambassadeur.
Selon plusieurs sources concordantes, ce réseau aurait produit et vendu illégalement des documents dits tenant lieu de passeport, via une collaboration avec une imprimerie locale, Hope Design. Ces documents étaient destinés à des citoyens congolais ayant fui les zones de conflit de Goma et Bukavu pour se réfugier au Burundi.
Le système de vente frauduleuse aurait impliqué le frère de l’ambassadeur, Cassard Mulamba, qui gérait les encaissements, le premier conseiller Yando, chargé des signatures, ainsi que l’ambassadeur lui-même. En échange de ces documents, des sommes importantes auraient été perçues en espèces et détournées à des fins personnelles. Des signes visibles d’enrichissement rapide, comme l’achat de véhicules de luxe (Range Rover, Land Cruiser) et de parcelles onéreuses, ont été observés chez les personnes citées.
Mais la machine s’est enrayée lorsque plusieurs de ces documents se sont retrouvés en circulation avec des numéros de série identiques. Certains détenteurs ont été arrêtés par la police burundaise à Muyinga, révélant que les documents provenaient bien de l’ambassade congolaise. Face au scandale grandissant, l’ambassadeur aurait suspendu son frère de ses fonctions à la caisse, tout en cherchant un coupable idéal pour détourner l’attention.
C’est ainsi que Laurent Ruboneka, un agent chargé de la capture des passeports, d’origine munyamulenge, a été arrêté avec la collaboration des services de renseignements burundais et congolais. Pourtant, selon des témoignages, Ruboneka n’aurait aucun lien avec ce circuit mafieux. Pire encore, les deux colonels de l’ANR et de la DEMIAP affectés à l’ambassade n’étaient même pas informés de cette arrestation.
L’ambassade justifie son arrestation en affirmant qu’il aurait délivré des documents à des sympathisants du mouvement rebelle AFC/M23 – une accusation qui repose principalement sur son appartenance ethnique munyamulenge, souvent associée, à tort ou à raison, à ce groupe armé. Cette instrumentalisation de l’identité ethnique pour masquer des pratiques de corruption au sein d’une institution diplomatique interpelle.

L’ambassadeur de la République Démocratique du Congo (RDC) au Burundi, Willy Mulamba
Laurent Ruboneka faisait déjà l’objet d’une discrimination persistante. Depuis l’arrivée de l’ambassadeur Mulamba, son salaire avait été divisé par deux, ses primes supprimées, et il était régulièrement menacé d’expulsion.
Il était qualifié de “bombe à retardement” par l’ambassadeur, qui aurait déclaré ne pas vouloir terminer son mandat tant que “ce Rwandais” serait encore dans les murs de l’ambassade. D’autres responsables avant lui, notamment Mukalay (chargé de l’ANR) et Katanga (ancien chargé d’affaires), partageaient la même hostilité.
En 2024 déjà, une autre affaire avait été étouffée. Une cousine de l’ambassadeur, Chariane, avait délivré un faux document à un citoyen zimbabwéen arrêté à la frontière de Kobero.
Malgré l’aveu de ce dernier et la preuve de l’implication de l’employée, aucune sanction n’avait été prise – une fois de plus, la solidarité clanique et ethnique avait prévalu.
Laurent Ruboneka, fidèle employé de l’ambassade depuis 2013, n’a jamais reçu la moindre demande d’explication ni sanction administrative avant cette arrestation brutale.
Son cas illustre tristement comment la justice est parfois instrumentalisée pour couvrir des crimes économiques tout en réprimant les innocents.

Laurent Ruboneka, un agent d’origine munyamulenge
Il est temps de libérer cet homme injustement détenu.
— Un citoyen congolais indigné
